DETACHMENT

En 2012, le réalisateur de »American History X », Tony Kaye revient sur le devant de la scène avec le très poétique « Detachment ». Pour son nouveau film, le cinéaste s’attaque au système scolaire américain. Un portrait cru et sans concession d’une jeunesse à la dérive.


Affiche du film Detachment Synopsis : Henry Barthes est un professeur remplaçant. Il est assigné pendant trois semaines dans un lycée difficile de la banlieue new-yorkaise. Lui qui s’efforce de toujours prendre ses distances va voir sa vie bouleversée par son passage dans cet établissement…

 


De retour sur le devant de la scène, Tony Kaye revient avec « Detachment », quatorze ans après le très controversé « American History X ». L’enjeu visible de ce film est simple, dénoncer le système scolaire américain en livrant un regard sombre et réaliste sur la vie d’un lycée difficile de New York. Profondément existentiel, ce long-métrage très sombre pose de multiples questions sur la nature de l’homme et son devenir. À travers le personnage d’Henry Barthes, on suit avec innocence et désespérance le quotidien d’un professeur remplaçant en proie aux difficultés professionnelles et personnelles. Loin de la violence imposée généralement par ce type de propos, le cinéaste n’évite cependant pas certains clichés. Par exemple, la violence, la sexualité et même la question du suicide sont exposées, mais ils ne représentent pas l’enjeu principal du film. Ce qui fait justement l’originalité de ce film, c’est le traitement sans moral. La dimension religieuse est aussi une donnée importante de ce film. En effet, le héros est filmé dans l’introduction, comme un homme qui se confesse sur sa nature en exposant ce qu’il a pu vivre. Si e film sonne comme un véritable témoignage d’une faillite sociale, la dimension ecclésiastique entourant le héros est quelque peu troublante. Il erre comme un témoin désabusé d’une époque qu’il peine à comprendre.

Difficile de ne pas penser au « Cercle des Poètes Disparus » à la vision de ce film tant le rendu rappelle l’œuvre de Peter Weir. Axé profondément sur la solitude et le malaise de son héros, « Detachment » rappelle à quelque égard la froideur du « Shame » de Steve McQueen. En plus d’établir un constat dramatique du système éducatif américain, le réalisateur s’attaque aussi à l’image de la famille. C’est à travers son personnage principal que Tony Kay redimensionne son récit. À travers le personnage d’Henry Barthes, le réalisateur dépeint le quotidien vide et désespéré d’un homme en marge, détaché du monde qui l’entoure. Sa vie est à son image, son appartement froid et semble vacant et ses relations sociales se cantonnent à la rencontre d’une prostituée pour qui il se prend d’affection. Cette relation est aussi une des thématiques puissantes portées par le film, celle de la famille et de la relation à autrui.

photo-la-part-des-anges-the-angels-share-2012-11

La forme du film est à l’image du fond, profondément humaine et poétique. Monté de manière très originale, « Detachement » mêle témoignages et animations avec cohésion et poésie. Construit de manière somme toute convenue, le film possède une aura indéniable. Poussé par un maniérisme certain, Tony Kaye use de multiples effets tels que des flashbacks ou encore des ralentis, comme si le cinéaste souhaitait atténuer la dureté de son propos.

En utilisant une approche quasi-documentaire, le cinéaste prend à contre-pied l’approche moralisatrice faite habituellement dans ce genre de film. Cette volonté de se situer entre le docu-fiction et la narration s’articule plutôt bien et le rendu parvient à exprimer parfaitement la dualité du film. Une dualité qui est également portée par les lieux. Les scènes tournées au lycée sont filmées de manière documentaire alors que celles filmées dans l’intimité du héros sont plus intimistes.

Grâce à une photographie froide et léchée, le cinéaste livre un portrait sans concession d’un système à la dérive. La scène de fin, où des feuilles d’arbres et de papiers envahissent la salle de classe marque d’ailleurs le moment le plus poétique du film.

la-part-des-anges-the-angel-s-share-27-06-2012-4-g

Le personnage d’Henry Barthes interprété par Adrian Brody réussit, grâce à sa dualité à sortir du cliché imposé par la critique d’un système scolaire en perdition. Là où la pléthore d’acteurs secondaires (James Cann, Marcia Gay Harden, Christina Hendricks, Lucy Liu, Blythe Danner) se contente de dresser un constat dramatique et ô combien pessimiste du monde, le héros réussit à insuffler une puissance émotionnelle libératrice. La manière dont Tony Kay donne de l’importance aux personnages secondaires est somme toute minime. En effet, chacun d’entre eux dispose de son temps de parole, un temps pris pour exposer la gravité de la situation et la difficulté qu’ont ses adultes pour effectuer leur rôle d’éducateur. Une nouvelle fois, on assiste à une performance captivante de la part d’Adrian Brody.

Profondément bienveillant et solitaire, l’acteur est une nouvelle fois au sommet de son art. Là où on aurait pu craindre une accumulation de clichés, la double personnalité du héros donne une dimension détachée des choses, comme si Henry Barthes se situait au-dessus des choses. Un point de vue omniscient qui retrouve peu à peu la réalité quand la dimension personnelle et plus particulièrement familiale fait son entrée dans le film. C’est l’introduction de la jeune Erica (Sami Gayle) qui vient troubler la dimension omnisciente d’un héros déconnecté d’une société qu’il ne comprend plus. À noter que l’interprétation de la fille du réalisateur, Betty Kaye, fragile et touchante dans le rôle d’une étudiante qui vit mal son adolescence.

20095140

Le réalisateur de « American History X » signe un retour remarqué dans la sphère cinématographique mondiale. À travers une fable poétique et profondément pessimiste, Tony Kaye réussit à sortir des clichés en imposant un personnage lumineux qui par sa vision bienveillante réussit à traduire un enjeu nouveau à ce film à première vue banal. Profondément personnel, ce long-métrage mise sur les rapports humains en suivant le personnage ô combien charismatique d’Henry Barthes !

Soutenu par une performance de haut vol de la part d’Adrian Brody, l’acteur insuffle au film un réalisme et une émotion incroyable. Tony Kay avec « Detachment » revient avec vigueur et dramaturgie sur le devant de la scène pour notre plus grand plaisir.


Note : 7,5/10

Detachment

Un film de Tony Kay avec Adrien Brody, Marcia Gay Harden, James Caan…
Drame – Américain – 1h37 – Sorti le 1er février 2012
2012


Publicités