FOXFIRE: CONFESSIONS D’UN GANG DE FILLES

Cinq ans après sa palme d’or à Cannes pour « Entre les Murs », Laurent Cantet nous revient avec un film singulier profondément ancré dans l’Amérique des années 1950. Adapté d’une œuvre de Joyce Carol Oates, « Foxfire » narre l’histoire d’un gang de filles hors du commun.


Synopsis : 1955. Dans un quartier populaire d’une petite ville des États-Unis, une bande d’adolescentes crée une société secrète, Foxfire, pour survivre et se venger de toutes les humiliations qu’elles subissent. Avec à sa tête Legs, leur chef adulée, ce gang de jeunes filles poursuit un rêve impossible : vivre selon ses propres lois. Mais l’équipée sauvage qui les attend aura vite raison de leur idéal.


Portée par un récit autobiographique rythmé, le réalisateur dépeint avec simplicité la naissance et l’évolution de Foxfire, une société secrète montée par un groupe de filles à la recherche d’anomie. À l’image d’« Entre les Murs », Laurent Cantet mise une nouvelle fois sur une œuvre collective. Exit les collégiens issus des milieux difficiles, le cinéaste tente cette fois-ci le pari de filmer les réminiscences d’une époque révolue. Le scénario se déploie en laissant place à la rivalité homme/femme qui constitue le noyau dur de l’introduction. En explorant avec délectation les prémices d’une révolution de ces jeunes filles par la violence, Laurent Cantet se contente de livrer son récit avec une bienséance déconcertante. Portée par une chef de meute étourdissante, le récit prend peu à peu de l’ampleur et se dresse peu à peu comme une véritable critique de la société américaine de l’époque. C’est en suivant le quotidien de ces jeunes filles que les véritables thématiques apparaissent.

Machisme, racisme, pédophilie et terrorisme, autant de sujet qui viennent alimenter une œuvre profondément réaliste. Profondément collective, les individualités ne sont rien les unes sans les autres et c’est cette dynamique qui donne toute sa force au projet du réalisateur. À la fois daté en étonnement contemporain, « Foxfire » jouit d’une profonde vitalité. À l’inverse d’« Entre les murs » où le réalisateur filmait des jeunes dans une école en pleine implosion, « Foxfire » explose les symboles mêmes de l’éducation. De l’école en passant par la famille, le système en prend pour son grade, cette destruction des codes laisse place à la liberté, celle d’un groupe vivant selon ces propres règles, une liberté qui demeurera éphémère.
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Comme à son habitude, le réalisateur français fait preuve d’une sobriété subjuguant et d’un sens du détail millimétré. En optant pour une vision de l’Amérique des années 1950 originale, le cinéaste fait le choix de porter son récit uniquement sur la bande d’adolescentes. Malgré quelques longueurs et très peu de coups d’éclat, le film réussit à garder une constance et une justesse du début à la fin. Profondément naturaliste, la mise en scène n’est pas sans rappeler « Les Géants » de Bouli Lanners.

Parfois à la limite du thriller, le tempo du film reste très inégal, les terribles moments de tension laissent place à de longues phases de vie en communauté. Cantet oublie de transmettre à son propos une petite touche d’explosivité, d’engagement qui aurait pu faire basculer le film dans un tout autre registre. La mise en scène reste modeste, à l’image du réalisateur qui se contente de peu pour donner le plus. L’introduction oscille entre documentaire et fiction pour laisser place à un drame naturaliste empli de bonnes volontés. Les faiblesses rythmiques de « Foxfire » n’imputent pas pour autant le perpétuel mouvement qu’instaure la mise en scène de Laurent Cantet.

Profondément sensoriel, ce long-métrage réussit son pari en redessinant avec véracité et précision une époque et un mode de vie révolus. Le travail de photographie dont le film fait preuve est tout bonnement formidable, la reconstitution semble plus vraie que nature.
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Doté d’une distribution étonnante, Laurent Cantet mise sur un panel exhaustif et explosif de tempéraments pour élever son propos. Portée par Raven Adamson (Legs) et Katie Coseni (Maddy), le « gang » prend tout le monde à revers et apporte une véritable plus-value à l’ensemble. Une performance d’autant plus impressionnante que la jeune troupe compte une majorité d’actrices non professionnelles. Cantet réussit, grâce à une précision déconcertante à dépeindre la personnalité de chacune de ces héroïnes.

Cependant, à l’instar de Raven Adamson, les autres protagonistes peinent à s’élever, à évoluer dans une société qui ne leur fait pas de cadeau. En se posant comme de véritables faire-valoir d’une héroïne mystifiée et portant au rang d’idole, les personnages secondaires perdent en intensité et en intérêt.

En définitive, « Foxfire » signe un nouveau succès pour le réalisateur français. En reconstituant avec dextérité l’Amérique sexiste et raciste des années 1950, Laurent Cantet diversifie son propos en osant aller au fond des choses. Fourmillant de détails et habité par des performances toutes plus personnelles les unes que les autres, « Foxfire » émeut autant qu’il effraie.

On pourra regretter un profond manque d’agressivité qui aurait pu insuffler une dynamique moins lisse à l’ensemble. À l’image d’« Entre les murs », Cantet renouvelle son attirance vers les thèmes inhérents à la jeunesse avec « Foxfire ». Une odyssée marquée par la découverte d’une actrice au talent indéniable, Raven Adamson qui se révèle être la véritable âme du film.


Note : 6/10

Foxfire: Confessions d’un gang de filles

Un film de Laurent Cantet avec Raven Adamson, Katie Coseni, Madeleine Bisson…
Drame– Français-Canadien– 2h23 – Sorti le 2 janvier 2013