SKYFALL

La fin d’année 2012 marque le grand retour de 007 sur les écrans du monde entier. De nouveau interprété par Daniel Craig, le personnage créé par Ian Flemming est cette fois-ci dirigé par Sam Mendes, le réalisateur d’« American Beauty » et des « Noces Rebelles ». En optant pour une approche plus singulière, à contre-courant de ce qui avait été fait auparavant, le cinéaste fait le pari audacieux de retravailler en profondeur le personnage de James Bond.


Synopsis : Lorsque la dernière mission de Bond tourne mal, plusieurs agents infiltrés se retrouvent exposés dans le monde entier. Le MI6 est attaqué, et M est obligée de relocaliser l’Agence. Ces événements ébranlent son autorité, et elle est remise en cause par Mallory, le nouveau président de l’ISC, le comité chargé du renseignement et de la sécurité. Le MI6 est à présent sous le coup d’une double menace, intérieure et extérieure. Il ne reste à M qu’un seul allié de confiance vers qui se tourner : Bond. Plus que jamais, 007 va devoir agir dans l’ombre. Avec l’aide d’Eve, un agent de terrain, il se lance sur la piste du mystérieux Silva, dont il doit identifier coûte que coûte l’objectif secret et mortel…


007 est de retour, quatre ans après le décevant « Quantum of Solace » c’est Sam Mendès qui a été choisi pour réaliser le nouvel épisode de l’agent secret le plus connu de la planète. En détruisant les codes préexistants et en redessinant totalement le fonctionnement scénaristique et visuel de l’œuvre de Ian Flemming. Pourtant, l’introduction de « Skyfall » ressemble très nettement à ce qui a déjà été fait auparavant. La séquence d’introduction présente Bond dans une course-poursuite effréné et spectaculaire qui en balance pleins les yeux, rien d’original en somme quand on repense aux deux précédents opus qui débutaient de la même manière. Cependant, à mesure que l’intrigue déroule, un sentiment très étrange s’empare de moi, ce 23e épisode de James Bond a décidément un parfum de nouveauté. Mendès veut marquer et il marque en faisant table rase des deux précédents films pour livrer une nouvelle vision, plus sombre du héros de Ian Flemming. À la manière de Christopher Nolan pour sa refonte du personnage de Batman, le cinéaste britannique opte pour un assombrissement de l’œuvre en livrant un héros vulnérable, en proie au doute. C’est ici que s’opère la transformation majeure du mythe James Bond.

En effet, alors que « Quantum of Solace » se contentait d’axer son intrigue sur un héros invulnérable en quête de vengeance, « Skyfall » va au fond des choses en livrant les clés de la reconstruction d’un homme désarmé. En imposant une véritable gravité à son héros, Sam Mendès n’hésite pas à se couper d’une part de son auditoire en se débarrassant de la plupart des clichés de la sage et en présentant des personnages à la psychologie riche. Le résultat est sans appel, le réalisateur réussit à élever James Bond au rang d’icône en appuyant sur le côté psychologique tout en proposant des scènes d’actions intenses et parfaitement maîtrisées.

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Le style et la mise en scène que propose Sam Mendès bouleversent et révolutionnent l’approche du personnage de James Bond. En effet, en axant son style sur une parfaite symétrie des angles et du cadrage, 007 jouit d’une présentation sobre et léchée dans le pur style de Sam Mendès. Le générique est une nouvelle fois très réussie, allant même jusqu’à rappeler le générique du « Millenium » de David Fincher, il mêle une multitude d’effets visuels et un thème aussi entêtant qu’intense interprété par la chanteuse Adèle. Sans trop dénuder l’œuvre, le cinéaste ajoute une touche de nouveauté qui permet à « Skyfall » de s’émanciper des clichés posés antérieurement.

Malgré une entrée en matière classique, le réalisateur s’émancipe peu à peu des codes établis par le genre en proposant une vision « auteurisée » de l’agent 007. En optant pour une vision moderniste, Sam Mendès accumule les procédés de style et les angles de caméras afin de proposer, à la manière d’un « Jason Bourne », un film d’espionnage moderne. La scène se déroulant à Hong-Kong est révélatrice de la volonté du réalisateur de moderniser son propos en optant pour une mise en scène « électrique » et lumineuse, loin de la sobriété et de la pâleur d’un « Quantum of Solace ». La scène finale est représentative du film, à la fois explosive et pleine d’émotions. Ce contraste saisissant habite l’œuvre jusqu’à son dernier souffle.

À la fois classique et terriblement moderne, « Skyfall » surfe sur des thématiques actuelles sans oublier ce qui a fait la force de la saga : l’action. Sans en faire trop, Sam Mendès réussit à inclure la dimension infiltration qui a tant manqué aux précédents opus. En prenant son temps et en posant tranquillement le tempo de son long métrage, le cinéaste opte pour un rendu visuel mêlant scènes très colorisées et d’autres plus réaliste. Le résultat final est soigné et ne souffre presque d’aucune imperfection.

James Bond Skyfall

Au niveau du casting, Daniel Craig rempile après deux précédents épisodes où il n’avait pas fait l’unanimité auprès des spectateurs. On retrouve des symboles de la série comme M, implacable et sèche directrice du MI6 interprétée par Judi Dench qui demeure la clé de voute de cet épisode novateur. Des nouvelles têtes font leur apparition, on retrouve comme d’habitude les James Bond girls jouées respectivement par Naomie Harris et Bérénice Marlohe, les véritables atouts charme de ce blockbuster qui s’avèrent être très secondaires en définitive. Le retour de Q (Ben Whishaw) est un véritable délice, il participe activement à la réincarnation de l’œuvre en l’ancrant dans un contexte très moderne. La scène de rencontre entre Bond et Q est d’ailleurs l’une des scènes marquantes du long métrage, véritable hommage, cette discussion bourrée de clin d’œil à une époque révolue marque l’émancipation de l’œuvre dans la modernité. Cependant, l’attraction première de ce nouveau James Bond reste véritablement Raoul Silva (Javier Bardem), le méchant de cet opus. Cela faisait longtemps que l’on n’avait pas vu un personnage aussi réussi. Loin du Chiffre et de Dominic Greene, Raoul Silva se rapproche plus du méchant de « Goldeneye », un ancien espion à la recherche de vengeance qui se laisse emporter par sa folie dévastatrice.

L’introduction du méchant et sa rencontre avec l’agent 007 sont divinement orchestrées, on ne peut s’empêcher de se laisser troubler par ce personnage qui ne colle guère avec la mythologie James Bond, on en vient même à le trouver sympathique à certains moments. Pour une fois, l’attention n’est pas uniquement portée sur le personnage de Bond. À noter que la performance de Daniel Craig reste en perpétuelle amélioration depuis « Casino Royal ». Dans « Skyfall », c’est le personnage de M qui s’avère être la plaque tournante du récit. La figure maternelle noue l’intrigue, en effet entre la relation qu’elle entretient avec Bond et celle qui l’a lié à Raoul Silva dans le passé, la frontière est mince. Le pari relationnel lancé par Sam Mendès prend forme parfaitement, à partir de ce moment jusqu’à la fin les autres thématiques seront mises à l’écart.

Pour les cinquante ans de la franchise, les producteurs n’ont pas fait les choses à moitié en laissant Sam Mendès aux commandes de « Skyfall », le vingt-troisième épisode de la saga James Bond. Le réalisateur des « Sentiers de la Perdition » livre une performance risquée en mettant en scène un héros physiquement et psychologiquement épuisé. Bien plus qu’un simple film d’action, « Skyfall » symbolise le point d’orgue du renouveau pour le plus connu des espions, un retour plein de gravité et ancré dans son temps qui fait mouche.

Subtil mélange de profondeur et d’action, ce nouveau James Bond peut se targuer de bouleverser les codes de la saga en proposant, à la manière d’un Christopher Nolan, une approche singulière et moins accessible d’un héros torturé. Ce film en plus de proposer une simple intrigue de film d’espionnage revient avec subtilité et humour sur cinquante ans d’histoire. Multipliant les clins d’œil et les hommages, « Skyfall » symbolise l’ouverture de la franchise vers un nouveau genre, plus mature et psychologique.


Note : 7,5/10

Skyfall

Un film de Sam Mendès avec Daniel Craig, Judi Dench, Javier Bardem…
Action-Espionnage – Britannique-Américain – 2h23 – Sorti le 26 octobre 2012


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