LA PART DES ANGES

Ken Loach est de retour et cette fois le réalisateur britannique revient pour une comédie dramatique particulièrement réaliste dont lui seul a le secret. Après « Looking for Eric » et plus récemment le décevant « Route Irish », le réalisateur livre avec « La part des Anges » une chronique sociale emplie d’émotions qui ravira les connaisseurs et les habitués du style Ken Loach.


Synopsis : À Glasgow, Robbie, tout jeune père de famille, est constamment rattrapé par son passé de délinquant. Il croise la route de Rhino, Albert et la jeune Mo lorsque, comme eux, il échappe de justesse à la prison, mais écope d’une peine de travaux d’intérêts généraux. Henri, l’éducateur qu’on leur a assigné, devient alors leur nouveau mentor en les initiant secrètement… à l’art du whisky ! De distilleries en séances de dégustation huppées, Robbie se découvre un réel talent de dégustateur, bientôt capable d’identifier les cuvées les plus exceptionnelles, les plus chères. Avec ses trois compères, Robbie va-t-il se contenter de transformer ce don en arnaque – une étape de plus dans sa vie de petits délits et de violence ? Ou en avenir nouveau, plein de promesses ? Seuls les anges le savent…


Salué par le Prix du Jury au Festival de Cannes, « La part des Anges », le nouveau film de Ken Loach a su séduire en usant de simplicité et d’originalité. Le cinéaste « palmé » en 2006 pour « Le vent se lève » aura une nouvelle fois sorti son épingle du jeu en présentant une œuvre juste et sans prétention. Dès la scène d’introduction, on retrouve la patte du cinéaste qui nous plonge dans un univers social très réaliste. La présentation des héros se décline par une succession de plans fixes dans un tribunal lors de verdicts, tous échappent de peu à la prison, mais ils se retrouvent tout de même à purger des travaux d’intérêt général.

Passé la première demi-heure où les drames sociaux s’enchainent sans vergogne, la lumière apparait quand la bande de délinquants est réunie. Le tragique laisse donc la place à un comique de situation ininterrompu qui n’a de cesses d’alléger la teneur réaliste et existentielle du long-métrage. En se postant comme une comédie dramatique réaliste, « La Part des Anges » ose le pari risqué de confronter plusieurs univers très différents, un pari qui s’avère payant, car le résultat est indéniablement réussi. La version originale est un délice, l’accent écossais est aussi savoureux qu’un bon verre de whisky. La bande originale du film n’a rien d’exceptionnel, mais elle remplit bien son rôle en illustrant les paysages riches des contrées britanniques.

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La mise en scène est sobre et soignée, mais ce n’est pas là que réside le charme de cette comédie dramatique pleine de réalisme. Le cinéaste livre un véritable regard « carte postale » de l’Écosse en faisant voyager le spectateur de cette contrée enivrante. Cependant, Ken Loach n’oublie pas pour autant la portée réaliste de son propos en intégrant les ingrédients nécessaires au réalisme de son film.

Scènes de violence, pauvreté, insertion, tant de données mises en exergue au début du film qui positionne l’œuvre dans une posture morale. Peu à peu, la dimension saisissante de l’intrigue laisse place au « road trip » qui s’accompagne d’une légèreté rafraîchissante. Ce contraste entre l’introduction et le reste du film décontenance d’autant plus que le film abandonne la trame saisissante et pessimiste pour laisser place à un « feel good movie » généreux et harmonieux.

Profondément optimiste, l’œuvre de Ken Loach opte pour une solution réjouissante au problème social. Rappelant « Looking for Eric » dans la construction, « La Part des Anges » fait la part belle au rêve et à l’espoir d’un avenir plus joyeux.

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Ken Loach ose un casting haut en couleur avec une belle brochette de « losers » qui doivent faire face à leurs actes en effectuant des travaux d’intérêt général. Le personnage de Robbie interprété par Paul Brannigan demeure le véritable héros de cette œuvre savamment dosée entre mélancolie et éclats de rire. Pour son premier rôle, l’acteur fait fort en proposant une performance juste de bout en bout. Le film retrace principalement la quête de rédemption et de bonheur qu’entreprend Robbie pour reprendre sa vie en main. La bande à côté est presque parodique tant les personnages secondaires ont leurs rôles bien définis.

Parmi eux, on retrouve Albert (Gary Maitland) dans le rôle du personnage maladroit et ignare qui accumule les gaffes, Rhino (William Ruane), le seul personnage normal de la bande avec Robbie et Mo(Jasmin Riggins), une jeune voleuse compulsive un peu introvertie qui vient ajouter la touche féminine à cette bande de « pieds nickelés ». La bande de trublions est gérée par Henri (John Henshaw), qui joue là le rôle du mentor en qui il incombe de redresser ces jeunes en perdition. Une véritable relation père/fils est mise en place pour rajouter un sentimentaliste réfléchi à l’œuvre.

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Malgré un manque d’originalité criant et des faiblesses de construction au niveau de la mise en scène, Ken Loach réussit à faire passer son message d’espoir dans une société en proie à la crise. La réalisation est sobre et retranscrit parfaitement le quotidien difficile de cette jeunesse en perdition qui cherche à tout prix à s’en sortir. Grâce à des dialogues de qualité et à des interprétations justes, « La Part des Anges » marque un nouveau succès dans la carrière du cinéaste britannique. Très proche de ces anciens films, l’intrigue posée par ce nouveau long métrage entre un peu plus dans la dimension naturaliste de son auteur.

Un film léger et enthousiasment qui pourtant réussi à traiter de sujets lourds, une fable sociétale contemporaine qui ne brise certes aucun code, mais qui reflète amèrement la jeunesse d’aujourd’hui. Généreux et riche en enseignement « La Part des Anges » est une chronique désopilante à déguster sans modération.


Note : 6,5/10

La Part des Anges

Un film de Ken Loach avec Paul Brannigan, John Henshaw, Gary Maitland…
Comédie-Drame–Britannique-Français-Belge-italien – 1h41 – Sorti le 27 juin 2012
Prix du jury au Festival de Cannes 2012


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