COSMOPOLIS

En compétition officielle lors du Festival de Cannes dernier, « Cosmopolis », le dernier né de David Cronenberg a suscité de nombreuses discussions allant même jusqu’à diviser les critiques. Après « History of Violence » et plus récemment « A Dangerous Method », le réalisateur canadien réussira-t-il à séduire de nouveau ?


Synopsis : Dans un New York en ébullition, l’ère du capitalisme touche à sa fin. Eric Packer, golden boy de la haute finance, s’engouffre dans sa limousine blanche. Alors que la visite du président des États-Unis paralyse Manhattan, Éric Packer n’a qu’une seule obsession : une coupe de cheveux chez son coiffeur à l’autre bout de la ville. Au fur et à mesure de la journée, le chaos s’installe, et il assiste, impuissant, à l’effondrement de son empire. Il est aussi certain qu’on va l’assassiner. Quand ? Où ? Il s’apprête à vivre les 24 heures les plus importantes de sa vie.


Les premières minutes s’écoulent et déjà le décor est planté. David Cronenberg veut marquer le public en proposant une mise en scène d’exception qui sera à même de retranscrire l’adaptation du roman de Don DeLillo. Visuellement très impressionnant, le cinéaste dépeint avec verve et déliquescence les 24 heures d’un système qui semble ne plus convenir aux besoins d’une société lassée des va-et-vient incessants de l’économie capitaliste. Dénué de sens véritable, le scénario s’englue finalement dans une succession de dialogues abscons.

En optant pour un huit clos, le réalisateur fait le choix d’enfermer son récit dans une limousine. Un lieu moderne et sobre à la fois qui comme le héros semble totalement déconnecté de la réalité. Un choix qui s’avère rapidement limité, un enfermement qui capitonne aussi le spectateur qui suffoque à force d’être gavé par des discussions stériles.

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Emplie de cynisme, l’œuvre de Cronenberg est déroutante de bout en bout. En mêlant une ambiance apocalyptique et un rendu visuel stylisé, le réalisateur n’a qu’un seul but : nous plonger dans les tumultes d’une société où le capitalisme livre sa dernière bataille. C’est un pari osé qu’a tenté le cinéaste en tentant d’adapter fidèlement le travail de DeLillo, un pari qui se révèle très rapidement être un échec. Parfois pompeux, tantôt soporifique, le long-métrage s’embourbe dans une verbosité pâle et sans fondement.

Une véritable masturbation intellectuelle qui officiera pendant de trop longues minutes jusqu’à faire ressentir au spectateur une profonde et intense volonté de rejet de ce long-métrage devenu verbalement pompeux et indigeste. Multipliant les longueurs, le long métrage œuvre pour proposer un discours philosophico-économiste sur une société où tout semble partir en vrille. Des discussions qui entament l’accessibilité au film et allant même jusqu’à parfois l’amputer de son sens.

Au milieu de tout ça, on retrouve Éric Packer, financier froid et superficiel qui trouve un sens à sa vie que lorsque celle-ci est menacée. Une incompréhension qui atteint son paroxysme lors de la scène de conclusion. Un duel entre le business man et son tueur qui rivalise à la fois d’intensité et de prétention.

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Au niveau des interprétations, on retrouve un Robert Pattinson transformé et habité dans le rôle d’un golden boy à qui rien ne semble résister. Cependant au fur et à mesure que le long-métrage se déploie, l’acteur perd peu à peu pied jusqu’au moment où il ne semble plus rien maîtriser. Confronter à des monstres cinématographiques tels que Juliette Binoche (« Le Patient anglais », « Trois Couleurs : Bleu ») ou encore Paul Giamatti (« L’illusionniste », « La planète des singes »), le jeune acteur étincèle puis déçoit dans l’interprétation d’Éric Packer.

À la recherche d’une certaine reconnaissance après « Twilight », le comédien renait lors de la première demi-heure, puis il s’essouffle jusqu’à s’effondrer jusqu’à la fin du film. Les seconds rôles s’enchaînent sans malheureusement laisser une impression suffisante. Amalric, Binoche, Sarah Gadon, tant de comédiens qui font office de figurations dans un film qui ne réussira jamais à s’élever. Cronenberg filme la déchéance d’un héros, d’un monde, mais surtout d’un réalisateur qui s’enfonce dans les méandres de l’absurdité.

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Certes, on retrouve un David Cronenberg au sommet de son art au niveau de la mise en scène, mais l’adaptation de l’œuvre de Don DeLillo aura eu raison de lui. Malgré un esthétisme et une mise en scène impeccable, un ingrédient semble manquer à l’appel pour que le film puisse décoller. Véritable satyre du système capitaliste, « Cosmopolis » s’enfonce dans des dialogues rébarbatifs qui finalement, auront raison d’une mise en scène quasi parfaite et d’un esthétisme saisissant.

Véritable ovni de la croisette cette année, Cronenberg a réussi à susciter l’admiration et l’incompréhension grâce à une œuvre profondément abstraite. Statique et horriblement bavard, le dernier né du réalisateur canadien reste un échec cuisant. En tentant d’adapter une œuvre littéraire inadaptable, le cinéaste déçoit une nouvelle fois ses fans en proposant un spectacle maîtrisé au niveau de la mise en scène, mais, il peine sublimer son sujet comme il avait si bien su le faire dans ses premiers films.


Note : 2,5/10

Cosmopolis

Un film de David Cronenberg avec Robert Pattinson, Juliette Binoche, Sarah Gadon…
Drame –Français-Canadien – 1h48 – Sorti le 25 mai 2012


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