DARK SHADOWS

« Dark Shadows » marque la huitième collaboration cinématographique entre Tim Burton et Johnny Depp. Cette fois-ci, le réalisateur a choisi d’adapter la série « Dark Shadows » de Dan Curtis diffusée de 1966 à 1971 sur ABC en une comédie gothique et fantastique. Une œuvre marquante qui a permis à Tim Burton d’étaler ses univers et les réunissant dans un seul et même film.


Synopsis : En 1752, Joshua et Naomi Collins quittent Liverpool, en Angleterre, pour prendre la mer avec leur jeune fils Barnabas, et commencer une nouvelle vie en Amérique. Mais même un océan ne parvient pas à les éloigner de la terrible malédiction qui s’est abattue sur leur famille. Vingt années passent et Barnabas a le monde à ses pieds, ou du moins la ville de Collinsport, dans le Maine. Riche et puissant, c’est un séducteur invétéré… jusqu’à ce qu’il commette la grave erreur de briser le cœur d’Angelique Bouchard. C’est une sorcière, dans tous les sens du terme, qui lui jette un sort bien plus maléfique que la mort : celui d’être transformé en vampire et enterré vivant. Deux siècles plus tard, Barnabas est libéré de sa tombe par inadvertance et débarque en 1972 dans un monde totalement transformé…


Le nouveau film de Tim Burton, « Dark Shadows » prouve une nouvelle fois la passion du réalisateur pour les univers sombres et fantastiques. Après « Edward aux mains d’argent », « Sleepy Hollow » ou encore « Sweeney Todd », Tim Burton signe un nouveau long-métrage d’exception dans un univers qui lui sied si bien. L’enjeu majeur de cette grosse production était de transposer plusieurs univers en un et d’établir une concordance afin qu’une intemporalité s’installe. Un pari risqué osé qui n’a pas fait peur à Tim Burton qui s’est attelé à cette lourde tâche.

Le résultat est équivoque et déroutant, le spectateur se laisse volontiers balader dans ses différents univers et la rencontre entre deux époques totalement différentes ne déçoit pas. Grâce à une musique enivrante de Danny Elfman ainsi que des titres des années 1970 (Alice Cooper, The Carpenters…), l’intrigue et la mise en scène s’installent afin de laisser place à une confrontation des époques. Le résultat est saisissant, le vampire, Barnabas Collins interprété par Johnny Depp est propulsé dans les 70′ s et doit s’intégrer dans un mode de vie inconnu pour lui. Le réalisateur réussi à l’aide d’une mise en scène, des décors et des costumes et adéquation avec l’intemporalité de l’intrigue, à pondre un film hors de tout temps où rien ne semble réel.

Une famille hors du temps qui participe au succès de ce "soap opéra" gothique et intemporel.

La force du long-métrage réside principalement dans le choix du casting. On retrouve avec grand plaisir Michelle Pfeiffer qui s’était faite oubliée depuis « Sam je suis Sam » de Jessie Nelson qui était sorti en 2001. Elle y joue la mère dans une famille à nul autre pareil. Helena Bonham Carter est elle aussi présente au côté de Chloé Moretz et autre Jackie Earle Haley. À la vue de cette réunion de famille, on pourrait croire au retour de « La famille Adams » revisitée par l’œil amusé de Tim Burton.

Il nous présente ici une famille délurée et elle-aussi hors du temps, ce qui participe grandement au charme de cette comédie fantastique haute en couleur. Le véritable succès du long-métrage réside cependant autre part, en effet le duo formé par Johnny Depp et Eva Green crève littéralement l’écran. La folie de la sorcière s’accorde parfaitement avec l’innocence et la bienséance du vampire. La performance des deux acteurs est convaincante et permet au film de rester en surface.

Johnny Depp est comme toujours très bon, même si le côté comique redondant de son personnage ajoute une lourdeur supplémentaire au film. Eva Green est elle aussi au sommet de son art. En proposant un jeu d’acteur riche et maîtrisé, la sorcière glace le sang et surplombe ainsi toutes les autres performances en demeurant l’une des plus grandes réussites de ce film.
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Tim Burton propose avec « Dark Shadows », une sorte de « soap opera » gothique et familial qui ravira les petits et les grands. On retrouve de nombreux clins d’œil et influences dans ce conte fantasmagorique. Le cinéaste a en effet puisé dans ses anciens travaux pour réaliser son nouveau film. Le résultat est cependant mitigé, l’univers du réalisateur est là, mais par petites bribes. On sent bien que le metteur en scène a souhaité laisser de côté le lyrisme et la poésie de l’œuvre afin de proposer une mise en scène plus tournée vers l’action et les effets visuels. Savant mélange de ce qui a fait son succès auparavant, Tim Burton pioche dans son univers et reprend des thématiques déjà connues. On ne peut s’empêcher de penser à « Edward aux mains d’argent » à la vue de ce film. En effet, on assiste à la même confrontation des époques avec un personnage principal complètement déphasé et en marge de la société.

L’univers gothique de « Sweeney Todd » est lui aussi présent même si le côté comique de l’œuvre vient renforcer l’aspect « soap opera » du long-métrage. Trop peu de transgressions, le film n’est pas assez sombre et reste en deçà de ce qu’il aurait mérité d’être. Un manque d’ambition et de nouveauté qui se fait sentir tout au long du film, on regrette l’époque des « Edward aux mains d’argent » ou autre « Ed Wood » où Tim Burton privilégiait plus le fond à la forme. On a du mal à se laisser transporter dans cette fable gothique où finalement le glauque tant attendu est relégué au second plan tout comme l’intrigue amoureuse qui pourtant restait l’enjeu majeur du long métrage. Cette partie du film laisse sa place au profit d’une succession d’effets visuels de qualité certes, mais, bien loin de ce qu’avait su proposer le cinéaste auparavant.

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En créant un univers vampirique et intemporel, Tim Burton a réussi à tenir le pari qu’il s’était fixé. Malgré quelques longueurs et une impression de déjà vu, le film surprend par son audace et sa fraicheur. Le duo Johnny Depp et Eva Green fait des ravages en revisitant la « malédiction » fantasmagorique traversant les âges. La confrontation entre les deux époques et les deux styles de vie est déroutante, mais on remarque qu’à mesure où le film évolue, le spectateur se laisse volontiers prendre au jeu du réalisateur.

Bercé par une bande originale de qualité, le film fait office de miroir du temps, où les époques se mélangent et s’entremêlent afin de ne laisser dans la tête du public l’impression d’un capharnaüm à nul autre pareil. Dans l’absolu, on assiste à une œuvre plaisante et divertissante, mais qui malheureusement, fait pâle figure à côté de la filmographie du réalisateur. Tim Burton a, c’est un fait, du mal à se renouveler, il se cherche sans finalement trouver la vitalité et l’originalité dont il faisait preuve dans ses films précédents.


Note : 6/10

Dark Shadows

Un film de Tim Burton avec Johnny Depp, Michelle Pfeiffer, Helena Bonham Carter, Eva Green…
Comédie-Fantastique –Américain – 1h52 – Sorti le 9 mai 2012


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