SHAME

Trois ans après le saisissant « Hunger », caméra d’or au Festival de Cannes, Steeve McQueen revient sur le devant de la scène avec son nouveau long métrage, « Shame ». Le réalisateur retrouve Michael Fassbender, un interprète de choix pour un film coup-de-poing, à la crudité bouleversante.


Synopsis : Le film aborde de manière très frontale la question d’une addiction sexuelle, celle de Brandon, trentenaire new-yorkais, vivant seul et travaillant beaucoup. Quand sa sœur Sissy arrive sans prévenir à New York et s’installe dans son appartement, Brandon aura de plus en plus de mal à dissimuler sa vraie vie…


Steeve McQueen, pour son deuxième film a choisi de dresser un portrait froid, clinique et sans concession d’une maladie, l’addiction au sexe. « Shame » représente avant tout une merveille visuelle, un regard plastique sur la société actuelle. Le réalisateur y présente le quotidien d’un homme d’affaires New Yorkais, un regard glacial posé sur la solitude d’un homme profondément mal dans sa peau. Une vision mécanique des relations amoureuses à l’heure où tout n’est devenu que paraitre.

Brandon, le protagoniste est l’archétype même du citadin du XXIe siècle, ordonné, sympathique, séduisant, mais surtout détaché du monde et des personnes qui l’entoure. Steeve McQueen réussit le tour de force de nous attacher corps et âme au personnage joué par Michael Fassbender. Une performance qui nous fait ressentir le moindre de ses désirs, de ses frustrations allant même jusqu’à détruire à petit feu toute l’excitation pour laisser place à un plaisir vicieux et mécanique dénué de sens.
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L’appartement de Brandon est représentatif du profond malêtre du personnage. Les pièces sont trop propres, trop vides, tout est trop soigné, symbole d’une profonde solitude. Même ses relations aux autres sont biaisées, l’homme n’est rattaché à rien ni personne, tout n’est devenu plus qu’accessoire dans une société où le matérialisme est devenu roi.

Pourtant, dès lors que Sissy, la sœur de Brandon fait son entrée, tout est chamboulé dans la psychologie du héros. Se posant comme le véritable élément perturbateur du film, elle représente l’ultime frontière à la personnalité déviante de son frère.

Un interdit moral qui le pousse à se contrôler vainement, car au fond de lui tout est devenu incontrôlable. Sissy, devenue véritable sangsue se glissant dans l’intimité de Brandon, à la recherche d’une affection qu’il ne peut offrir à personne.

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Un véritable drame humain auquel le spectateur est confronté sans ménagement. La performance de Michael Fassbender est tout bonnement magistrale, un rôle plein de sincérité et de malêtre qui atteint son apogée dans la scène où il prend une prostituée sauvagement. C’est à ce moment que le personnage s’abandonne à la pire des bestialités, la frontière entre désir et besoin s’efface peu à peu pour confronter le spectateur au profond malêtre du personnage.

Ce malaise est parfaitement mis en scène par le réalisateur, la succession de longs plans et les passages à la première personne qui pèse dans l’immersion du public. Brandon est voué à porter ce fardeau jusqu’à la fin de ses jours, le plaisir lui est désormais interdit, puissant troublant et fascinant, Fassbender se pose en véritable icône fragile et noire auquel rien n’est épargné.
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Une mise en scène soignée et la performance hors du commun de Michael Fassbender font résonner « Shame » comme une véritable claque aux yeux du spectateur. Une vision mécanique et glaciale de l’addiction sexuelle, « Shame » est et restera inoubliable et troublant.

Pour son deuxième film, Steeve McQueen fait fort en réaffirmant son talent cinématographique avec en tête d’affiche Michael Fassbender bouleversant de réalisme et rongé par un mal qui le ronge jusqu’à le rendre complètement marginal.


Note : 7 /10

Shame

Un film de Steeve McQueen avec Michael Fassbender, Carey Mulligan, James Badge Dale…
Drame – Britannique – 1 h 39 – Sorti le 7 décembre 2011
Interdit aux moins de 12 ans
Meilleur film britannique de l’année BAFTA Awards


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