BULLHEAD

Le début de l’année 2012 est marqué par son lot de bonnes surprises. Parmi celles-ci, le premier film de Michael R. Roskam : « Bullhead » qui surprend et dévoile la nouvelle vague du cinéma belge, un cinéma sombre qui plonge dans les abîmes de la condition humaine.


Synopsis : Jacky est issu d’une importante famille d’agriculteurs et d’engraisseurs du sud du Limbourg. À 33 ans, il apparaît comme un être renfermé et imprévisible, parfois violent… Grâce à sa collaboration avec un vétérinaire corrompu, Jacky s’est forgé une belle place dans le milieu de la mafia des hormones. Alors qu’il est en passe de conclure un marché exclusif avec le plus puissant des trafiquants d’hormones de Flandre occidentale, un agent fédéral est assassiné. C’est le branle-bas de combat parmi les policiers. Les choses se compliquent pour Jacky et tandis que l’étau se resserre autour de lui, tout son passé, et ses lourds secrets, ressurgissent…

 


« Bullhead » marque le renouveau d’un cinéma belge en pleine effervescence. En se démarquant des poncifs posés par le cinéma belge par le biais de réalisateurs tels que les frères Dardenne ou encore de Bouli Lanners, Michael R. Roskam pose sa propre empreinte sur un cinéma qui n’attendait que ça. Se rapprochant plus d’un « C’est arrivé près de chez vous », le réalisateur force le spectateur à sortir de ses retranchements. Un drame coup-de-poing qui mêle instinct primaire et réalisme poétique. La scène d’introduction pose les débuts d’un film à la fois séduisant et angoissant. Un plan fixe sur un champ de la campagne belge, un paysage brumeux qui laisse place à une première scène de violence, présage du pessimisme de l’œuvre.

« Bullhead », c’est avant tout un film sur un homme rongé de l’intérieur depuis sa plus tendre enfance, un mal qu’il traine difficilement et qui ne sera compréhensible qu’à partir de la moitié du film. À partir de ce moment, le personnage de Jacky se transforme aux yeux du spectateur. Le personnage autrefois monstrueux et violent laisse place à un héros attachant et sensible à qui le destin n’a fait aucun cadeau.

La découverte de ce film est incroyable, on assiste à une mise en scène magistrale, sans aucune fausse note. Les plans et les mouvements de caméra s’enchainent divinement tout en n’oubliant pas de retranscrire à la perfection les émotions transmises par les acteurs.

Rappelant des metteurs en scène tels que Nicolas Winding Refn et son récent film « Drive » ainsi que pour la trilogie « Pusher », cette nouvelle vague de réalisateurs de grand talent laisse présager d’un futur pour le cinéma de genre. Dans « Bullhead », Michael R. Roskam propose une intrigue puissante mêlant situations grotesques et tragédie juvénile.

Un mélange détonnant qui étonne aussi bien qu’il conquit. Un film traitant du trafic d’hormone dans le milieu bovin, mais qui sert juste à couvrir un fait dramatique dans la vie du héros. Un évènement qui chamboulera de bout en bout la vie de ce jeune garçon devenu une bête qui cède à ses instincts les plus primaires.

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La révélation de ce film est sans aucun doute Matthias Schoenaerts. Ce jeune acteur belge de 35 ans surprend et impressionne dans un rôle saisissant de réalisme. Sa performance hors norme est un mélange de puissance et d’émotion, un personnage dégouté parce ce qu’il dégage, parce qu’il représente et qui souffre d’un profond mal être qu’il n’arrive pas à effacer. Pour rentrer dans son rôle, l’acteur aura dû prendre vingt-sept kilos pour rentrer totalement dans son personnage, une performance qui n’est pas sans rappeler ce qu’avait dû faire Tom Hardy pour « Bronson ».

Véritable pilier du film, c’est par lui que toutes les émotions passent. Un jeu d’acteur incroyable allié à une mise en scène talentueuse et on obtient une des très bonnes surprises de ce début d’année 2012, un film sur le mal-être et sur la descente aux enfers d’un gosse qui n’avait rien demandé.

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Pour son second long-métrage, on peut dire que Michael R. Roskam tape très fort. Un polar d’exception qui rappelle tantôt « Pusher » pour l’ambiance très sombre et malsaine du film, tantôt « Elephant Man » pour le héros tiraillé par une douleur intérieure qui le détruit petit à petit, mais qui finit d’anéantir toute son humanité.

Un film pour deux révélations, l’année 2012 commence sur les chapeaux de roues pour le cinéma belge. Un acteur et un réalisateur qu’il faudra suivre à l’avenir, car le potentiel qu’ils ont su exprimer dans « Bullhead » est vraiment plus que convaincant.


Note : 7,5/10

Bullhead

Un film de Michael R. Roskam avec Matthias Schoenaerts, Jeroen Perceval et Jeanne Dandoy…
Drame-Policier – Belge – 2h09 – Sorti le 22 février 2012
Interdit aux moins de 12 ans


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