LES GÉANTS

Après la très bonne surprise « Bullhead », il est temps de revenir sur un des films belges qui a marqué la fin d’année 2011, « Les Géants » de Bouli Lanners. Le réalisateur a choisi de surfer sur un thème à la mode dans le cinéma belge actuellement : les enfants en perdition.


Synopsis : C’est l’été, Zak et Seth se retrouvent seuls et sans argent dans leur maison de campagne. Les deux frères s’attendent encore une fois à passer des vacances de merde. Mais cette année-là, ils rencontrent Danny, un autre ado du coin. Ensemble, à un âge où tout est possible, ils vont commencer la grande et périlleuse aventure de leur vie.


Le contexte semble simple, trois enfants abandonnés de tous sont livrés à eux même dans une campagne où résident de multiples dangers. Rappelant des films tels que « Le Gamin au Vélo » des frères Dardenne ou encore « Tomboy » de Céline Sciamma, Bouli Lanners s’oriente vers un thème qui semble plaire au cinéma belge, celui de la jeunesse. Celle-ci est livrée à elle-même, seule dans un monde risqué qui semble ne vouloir lui faire aucun cadeau. Un véritable « western » poétique empli d’humanité qui ne laisse absolument aucun espoir à une enfance sensible et innocente.

Parfois dépaysants et souvent bouleversants, ces enfants poursuivent un rite initiatique qui les amènera au rang d’adulte et même au-delà ( « Les Géants »). La véritable question que pose ce film est visible à la scène de conclusion. Dans un cadre où rien n’est à espérer, cette jeunesse désabusée n’a rien d’autre à faire que fuir. S’éloigner d’un avenir quasi inexistant qui semble se dessiner inévitablement devant leurs yeux.

« Les Géants » représente une sorte de « Super 8 » belge, une version sombre et dépressive du film de J. J Abrams avec la dose d’ennuie qui va avec. Là où Gustave Kevern et Benoit Delépine réussissaient à rendre les rencontres les plus inattendues amusante, le réalisateur d’ « Eldorado » peine à rendre la réunion entre ces trois enfants drôle.

En effet, plus les minutes passent, plus le scénario s’embourbe dans une longue succession de péripéties inintéressantes. Entre flots de grossièretés non justifiés, et une succession des clichés les plus connus du cinéma belge, le film laisse place à 1 h 28 d’ennuie profond. En essayant de se rapprocher des classiques comme « Stand By Me » de Rob Reiner ou encore « Tom Sawyer », Bouli Lanners échoue littéralement dans ce qu’il avait entrepris.

Les paysages magnifiques de la Wallonie, à la fois oniriques et mystiques se posent comme des tableaux qui se peignent sous nos yeux. Un univers qui tranche avec le quotidien difficile des jeunes enfants livrés à un monde qui les dépasse totalement et qui pose son lot de dangers.

Outre les trois acteurs plutôt convaincants, le scénario peine à s’élever, et donc à convaincre. Bouli Lanners dépeint une fable pessimiste autour de laquelle les trois jeunes héros se retrouvent complètement perdus. La véritable faiblesse du film réside dans le fait que le réalisateur ait tout misé sur la fragilité des protagonistes. Le film se pose comme une véritable condamnation du monde adulte. Là où ceux-ci sont perçus comme des êtres dénués de responsabilité et hostiles, les enfants sont eux, présentés comme des créatures angéliques, pleins d’innocence et livrés à elles-mêmes dans un monde menaçant.

Les faiblesses de scénario empêchent le spectateur d’entrer en empathie avec des héros qui essayent en vain d’oublier leur quotidien difficile en continuant de s’amuser sans se soucier du lendemain. Le film succède des moments volés à une jeunesse sevrée de repères et de limites, des instants émouvants qui ne suffisent pas à faire entrer le film dans une autre dimension.

L'image de l'adulte malfaisant s'opposant à l'angélisme des jeunes héros.

« Les Géants » est et restera un film trop ambitieux qui peine à prendre la direction qu’on aurait souhaité lui voir prendre. N’apportant aucune nouveauté ce « road movie » initiatique reste en surface et laisse une mauvaise impression de vide au spectateur. On tourne en rond, tout comme les protagonistes qui semblent vagabonder sans véritables buts ni espoirs. Bouli Lanners dresse un film juste et pas complètement déplaisant, mais il ne va pas assez loin dans la narration de son « conte ».

Se plaçant entre le « road movie » initiatique et le « western » sombre l’œuvre disposait pourtant d’un pouvoir scénaristique fort mais malheureusement celui-ci reste trop en surface. Cela se symbolise donc par un film amorphe, manquant cruellement d’originalité et d’idées. Une œuvre malheureusement trop ambitieuse qui aurait mérité une réalisation plus fouillée et rythmée pour réussir à faire passer un message qui finalement reste illusoire.


Note : 3/10

Les Géants

Un film de Bouli Lanners avec Zacharie Chasseriaud, Martin Nissen, Paul Bartel (II)…
Drame – Comédie – Belgique – 1h25 – Sorti le 2 novembre 2011
Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs.
Prix du Jury au Festival de Cannes 2011
Prix SACD de la Quinzaine des Réalisateurs 2011


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