WATCHMEN: LES GARDIENS

Avant l’adaptation de Superman dans « Man of Steel » et après avoir reconstitué la bataille des Thermopylesc, Zack Snyder a réalisé « Watchmen », une œuvre singulière mêlant super héros et une vision très réarrangée de l’histoire telle qu’on la connait. Un film sombre qui renoue avec des super héros méconnus, portant en eux un potentiel d’envergure.


Synopsis : Dans une Amérique alternative de 1985 où les super héros font partie du quotidien et où l’Horloge de l’Apocalypse (symbole de la tension entre les États-Unis et l’Union Soviétique) indique en permanence minuit moins cinq. Lorsque l’un de ses anciens collègues est assassiné, Rorschach, un justicier masqué un peu à plat, mais non moins déterminé, va découvrir un complot qui menace de tuer et de discréditer tous les super héros du passé et du présent. Alors qu’il reprend contact avec son ancienne légion de justiciers (un groupe hétéroclite de super héros retraités, seul l’un d’entre eux possède de véritables pouvoirs) Rorschach entrevoit un complot inquiétant et de grande envergure lié à leur passé commun et qui aura des conséquences catastrophiques pour le futur. Leur mission est de protéger l’humanité… Mais qui veille sur ces gardiens ?


Dès la scène d’introduction, Zack Snyder nous fait part de son ambition, réaliser un film d’envergure alliant subtilité scénaristique et effets spéciaux à outrance. Soutenu par le titre « Unforgettable » de Nat King Cole, le réalisateur soigne un avant-gout dévastateur qui donne une première impression sur ce que sera cette adaptation du roman graphique d’Alan Moore et de Dave Gibson, c’est-à-dire une œuvre ambitieuse et complexe qui laissera aux amateurs du genre, un souvenir impérissable.

Les 15 premières minutes du film n’ont qu’un but, exalter l’auditoire afin de le faire entrer en empathie dans cette histoire dantesque. Cette uchronie inspirée du début des années 1980, dans une période hantée par un contexte de Guerre Froide et de conflit nucléaire vise à mettre en exergue des personnages charismatiques. Anti-héros par excellence, ces super héros hors norme, les « Watchmen » livrent leur dernière bataille pour un idéal devenu inaccessible.

À mi-chemin entre le polar noir et le film de super héros, « Watchmen » s’impose comme une référence du genre. Un scénario bien ficelé soutenu par des performances d’acteurs saisissantes et une mise en scène étourdissante offre à cette œuvre un curieux mélange entre réalisme et science-fiction.

Le réalisateur se pose comme un destructeur du mythe de super héros en mettant en scène des personnages instables, fragiles et torturés sur lesquels repose tout le malheur du monde. Entre Rorschach, le paranoïaque ultra violent, le Comédien, une brute épaisse cynique et fasciste et le Docteur Manhattan devenu l’équivalent d’une divinité et qui se détourne peu à peu de la condition humaine, des antihéros par excellence qui ajoute au réalisme de cette adaptation.

Zack Snyder se détourne des poncifs mis en place par la plupart des blockbusters américains, c’est-à-dire une intrigue non manichéenne qui manipule l’auditoire afin de lui faire percevoir les ficèles des caractères de chacun des personnages. Bien loin du film d’action lambda, le metteur en scène assène comme autant de coups de couteau, de nouveaux rebondissements visant à préciser la vertu principale de l’œuvre, un regard pathologique et psychologique sur une société et des personnages gangrénés par une humanité au bord du gouffre.

La complexité scénaristique et l’ambigüité morale de cet univers apocalyptique déroutant pèsent dans le succès de cette adaptation. Autre ingrédient de cette réussite : la bande originale trépidante qui allie puissance et émotion, on notera l’hommage ô combien palpable au film « Apocalypse Now » de Francis Ford Coppola avec l’utilisation du thème « Ride of the Valkyries » pour illustrer la mise en scène de la Guerre du Vietnam. Bob Dylan, Janis Joplin, Philip Glass, KC and the Sunshine Band et Jimmy Hendrix viennent étoffer cette bande originale de grande qualité. L’exemple type de l’importance de la musique dans le long métrage est l’introduction du titre « All Along The Watchtower » de Hendrix dans une mise en scène sublimée par un paysage polaire, un passage qui donne des frissons, une succession de plans filmés avec beauté et émotion.

L’alternance entre passé et présent rythme le film et lui permet de tisser ses multitudes de péripéties autour d’une intrigue digne des plus grands polars. Mêlant la véracité de l’histoire américaine et le détournement de certains faits réels comme par exemple l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, cela vient à créer un univers riche où le talent du réalisateur peut être mis à profit que ce soit dans la mise en scène que dans son montage. Zack Snyder nous livre ici une copie quasi parfaite, une adaptation d’une rare fulgurance, une adaptation que l’on attendait plus.

Qui aurait pu croire qu’une adaptation d’une des plus grandes oeuvres de l’histoire du roman graphique aurait été possible. Personne et pourtant un homme l’a fait. Cela aura pris vingt ans pour que l’une des arlésiennes hollywoodiennes les plus attendues voit le jour. C’est Zack Snyder, le réalisateur de « 300 » qui s’est attelé à cette lourde tâche et on peut dire que le résultat est là.

On assiste à un film d’envergure à la mise en scène soignée, 2 h 43 de plaisir dans un univers qui ne laisse pas le spectateur indifférent. Une adaptation de haute volée qui redonne ses lettres de noblesse aux films de super héros comme avait si bien su le faire Christopher Nolan dans « The Dark Knight ».


Note : 8/10

Watchmen : Les Guardiens

Un film de Zack Snyder avec Jackie Earle Haley, Patrick Wilson, Malin Akerman…
Science-fiction-Action – USA-Britannique – 2h43 – Sorti le 4 mars 2009
Interdit aux moins de 12 ans


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