LA TAUPE

Tomas Alfredson nous revient en 2012 avec son deuxième film : « La Taupe ». Après le succès mondial du fantasmagorique « Morse », grand prix au festival du film fantastique de Gérardmer en 2009, le réalisateur ne choisit pas la facilité et nous pond un film d’espionnage de grande envergure.


Synopsis : 1973. La guerre froide empoisonne toujours les relations internationales. Les services secrets britanniques sont, comme ceux des autres pays, en alerte maximum. Suite à une mission ratée en Hongrie, le patron du MI6 se retrouve sur la touche avec son fidèle lieutenant, George Smiley. Pourtant, Smiley est bientôt secrètement réengagé sur l’injonction du gouvernement, qui craint que le service n’ait été infiltré par un agent double soviétique. Épaulé par le jeune agent Peter Guillam, Smiley tente de débusquer la taupe, mais il est bientôt rattrapé par ses anciens liens avec un redoutable espion russe, Karla. Smiley apprend que son ancien chef a réduit la liste des suspects à cinq noms : l’ambitieux Percy Alleline, Bill Haydon, le charmeur, Roy Bland, qui jusqu’ici, a toujours fait preuve de loyauté, le très zélé Toby Esterhase… et Smiley lui-même. Dans un climat de suspicion, de manipulation et de chasse à l’homme, tous se retrouvent à jouer un jeu dangereux qui peut leur coûter la vie et précipiter le monde dans le chaos. Les réponses se cachent au-delà des limites de chacun…



Quand Tomas Aflredson, le réalisateur de « Morse » décide d’adapter le premier opus de la trilogie « Karla » de John le Carré, les attentes sont nombreuses. Le résultat est réussi, on assiste à un film surprenant renouant avec les multiples ficelles du film d’espionnage abandonné depuis de trop nombreuses années. Fini les pseudos films d’espionnage déguisés en blockbusters survitaminés habités par un scénario simpliste et habillé par des potiches sans aucune prestance.

Le réalisateur propose un vrai film d’espionnage à l’ancienne et ce que l’on peut dire, c’est que ça fait du bien. C’est un pari risqué qui ne plaira sans doute pas au plus grand nombre que propose Tomas Alfredson. En effet, celui-ci propose un voyage temporel en pleine guerre froide dans un paysage froid et oppressant ponctué par une intrigue complexe mêlant fausses pistes et trahisons en tout genre. Une adaptation audacieuse où la tension est présente de bout en bout ne laissant aux spectateurs aucune seconde de répit.

La force de ce long métrage réside dans le fait que le réalisateur ne mâche pas le travail du spectateur, il fait appel à son intelligence pour percevoir les bribes d’une enquête compliquée mise en abime par un contexte de guerre. Multipliant les ellipses narratives, Tomas Alfredson use de tous les stratagèmes pour mettre la mise en scène au service de l’intrigue.

Le cinéaste n’hésite pas à dérouter et à perdre le spectateur pour le retrouver quelques minutes plus tard, les rebondissements sont laissés de côté pour se focaliser sur l’enquête de George Smiley. On pourra cependant être un peu frustré lorsque l’on découvrira que le lien étroit qu’entretient ce dernier et Karla ne débouchera pas sur un face à face final.

Le réalisateur rend un véritable hommage aux vieux films d’espionnage, c’est un véritable plaisir de retrouver cette ambiance « old fashion » emplie de froideur et de secrets et mise en valeur par un casting « so british » d’exception.

C’est un casting de choix qui accompagne cette adaptation cinématographique du roman de John le Carré. Gary Oldman, Mark Strong, Colin Firth et la star montante du cinéma mondial Benedict Cumberbatch autant de grands noms qui livrent une prestation d’une justesse prodigieuse. Tous empreint de solitude, le film peint de manière réaliste et aboutie les bureaux des services secrets britanniques dans un temps où la suspicion et la manipulation sont au cœur de tous les esprits.

On retrouve Gary Oldman dans un rôle d’enquêteur d’exception à l’observation hors pair. Un personnage qui lui sied plutôt bien tant il doit faire preuve sobriété, un personnage énigmatique qui ne livre aucune émotion tant il semble concentré sur sa quête de la vérité. Profondément introverti, il reste cependant le personnage clé d’une intrigue où il risque sa vie. L’acteur nous livre une performance incroyable qui permet d’affubler l’œuvre d’un réalisme encore plus prononcé. C’est ici que réside la force, mais aussi l’une des seules faiblesses du film : le manque d’empathie envers les personnages.

On attendait au tournant le second film de Tomas Alfredson et le résultat est de très bonne qualité. Après l’étonnant « Morse », le réalisateur a changé de registre en s’attaquant non sans une certaine ambition au film d’espionnage. Soutenu par un très bon casting et une très bonne mise en scène, on assiste avec délectation au renouveau du film d’espionnage. Se posant comme l’anti-James Bond par excellence et maniant talentueusement suspens et émotion, le réalisateur suédois rappelle les glorieuses heures de « Il était une fois en Amérique ».

La Taupe est et restera un film remarquable et séduisant réussissant à allier une mise en scène brillante, une panoplie d’acteurs de grands talents et un scénario signé John le Carré d’une complexité hors norme. Un film comme on aimerait en voir plus souvent qui redonne ses lettres de noblesse au genre de l’espionnage que l’on croyait perdu à jamais.


Note : 7,5/10

La Taupe

Un film de Tomas Alfredson avec Gary Oldman, Mark Strong, John Hurt, Benedict Cumberbatch, Colin Firth….
Espionnage – Thriller – Français-Britannique-Allemand – 2h07 – Sorti le 8 février 2012


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